Le sel de la vie ?

Excès de sel d'un
lanceur d'alerte 
?

Un peu de nutrition… J’ai encore repris un peu de poids. Encore quelques kilos et je vais ressembler à Marlon Brando…
Je m’étais ému il y a un mois au sujet d’un «
 lanceur d’alerte 
».

Pierre Meneton, chercheur de l’Inserm*, était poursuivi en diffamation par le Comité des salines de France, qu’il accusait de minimiser les risques de l'excès de sel sur la santé.

Il avait osé affirmer dans un entretien publié en 2006 par la revue
TOC
, que le « 
lobby des producteurs de sel et du secteur agroalimentaire industriel (...) désinforme les professionnels de la santé et les média
 ». L'article, intitulé « 
Scandale alimentaire : sel, le vice caché 
», était accompagné d'une boîte de sel où figurait la mention « le sel tue » comme sur les paquets de clopes…

Le 13 mars, la 17e chambre du TGI de Paris a annulé dans son jugement les poursuites contre Pierre Meneton, en raison d'une erreur de procédure, pour débouter les Salines de France.

Considérant que le propos incriminé, « 
appréciation critique portée par un scientifique
 », n'était «
 pas diffamatoire
 », elle a également relaxé les éditeurs du magazine. Pour le tribunal, « 
il ne s'agit que de l'évocation d'une question d'ordre général sur l'utilisation excessive d'un produit naturel qui, quelle que soit sa pertinence, ne dépasse pas les limites autorisées de la liberté d'expression dans une société démocratique. 
»

Par ailleurs, relèvent les juges, « 
le titre de l'article et la mention portée sur la boîte de sel (...) s'analysent comme la critique d'un produit
 » ; or « 
les appréciations, même excessives, touchant les produits, les services ou les prestations n'entrent pas dans les prévisions
 » des lois françaises sur la diffamation. En outre, si le chercheur critique le sel, « 
le produit n'est pas dénigré en lui-même, la qualité du sel français n'étant, en particulier, pas remise en cause
 ».

Derrière la polémique, l'enjeu se situe au niveau des risques sanitaires liés à une consommation excessive de sel, ce que tout le monde sait déjà.

L'OMS** soulignait en 2006 le lien entre la consommation excessive de sel et plusieurs maladies chroniques, comme l’hypertension artérielle.


Les études épidémiologiques établissent la corrélation entre l'apport en sel, sous forme de chlorure de sodium, et la pression sanguine, de même qu'entre la hausse de pression sanguine avec l'âge, et l'apport de sel.
Ce lien est confirmé par la baisse de la tension dès que l'on diminue l'apport en sodium. D'autres facteurs favorisent l'hypertension artérielle, mais l'excès de sel représente, selon les pays, « 
de 15 % à 20 % du risque, derrière l'excès de poids, qui est le premier facteur avec 20 % à 25 % du risque
 », explique Pierre Meneton.

Cette relation a de lourdes conséquences sanitaires. L'hypertension artérielle constitue un facteur de risque majeur d'infarctus du myocarde et d'accident vasculaire cérébral. Aux États-Unis, l'Association médicale américaine estime le nombre de décès par accident cardiovasculaire à 400 par jour. Pour Pierre Meneton, en France, ce nombre est de l'ordre de 100 décès par jour. À cela s'ajoutent les conséquences fatales chez des malades souffrant d'insuffisance cardiaque ou rénale. En France, plus de dix millions de personnes suivent un traitement contre l'hypertension. Comme nous « 
courrons
 » après les États-Unis en matière de surpoids, le pire se précise…

Si le sodium est indispensable à notre santé pour son action sur le maintien du volume et à l'équilibre hydrique de la membrane des cellules, le problème se situe dans sa surconsommation. L’Afssa indique que « 
huit grammes de sel par jour constituent l’objectif de consommation maximale
 », alors que
quatre grammes par jour suffiraient pour combler les besoins quotidiens d'un adulte.
La Loi de santé publique reprend également cette valeur repère chiffre. L'OMS préconiserait de la descendre en dessous de cinq grammes par jour.

Près de 47 % des adultes et 23 % des enfants ont des apports journaliers de sel dépassant les huit grammes par jour, selon l'étude sur la situation nutritionnelle en France rendue publique en décembre 2007 par la Caisse nationale d'assurance-maladie et l'Institut de veille sanitaire.

Les aliments naturels contiennent peu de sel et suffisent largement à couvrir nos besoins. Le problème ne provient pas non plus du de sel à table qu’on ajoute dans notre assiette quand la bouffe est dégueulasse. Ce sel fin ne représente que 10 % des apports journaliers.

Le sel en trop provient des aliments transformés et des plats cuisinés industriels, fabriqués par le secteur agroalimentaire, estime Pierre Meneton.

Le sel contenu dans le pain peut couvrir 30 % de nos apports quotidiens. On retrouve du sel en grande quantité dans le fromage, la charcuterie, mais aussi dans le chocolat ou les confitures !

Les boulangers proposent des pains moins salés, vendus plus cher, mais immangeables.

Pourquoi ?


Le goût du salé n'est pas inné. Il ne se développe qu’au cours de la première année de vie lors de la diversification de l'alimentation. Des études montrent «
 qu'en quelques semaines, on s'habitue à une alimentation moins salée
 », souligne Pierre Meneton.

Les industriels ajoutent du sel dans les aliments, car il conserve l’eau. La manipulation leur permet de vendre moins de produits pour un même poids. Comme le sel ouvre l’appétit, on en mange plus. Bref, ils nous niquent !

Par exemple, un repas pris chez McDo est trop salé.
Or le sel empêche la fixation du calcium et augmente l'appétit... Il faut donc en manger deux…


Pour éliminer les calories d'une barre chocolatée, un Mars, il faut courir une heure. Mais, faire du sport ne résout pas le déséquilibre alimentaire qui accompagne l'alimentation préfabriquée du secteur agroalimentaire : le trop gras, trop sucré, trop salé.


Manger, bouger !


*Institut national de la santé et de la recherche médicale
**Organisation mondiale de la santé

***Agence française de sécurité sanitaire des aliments

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